Le patchwork éclairé de la Clarée

Comme très souvent, je décide au dernier moment de ma destination. A l’origine de celle du jour se trouve une publication de mon fidèle lieutenant, promu Capitaine, sur le célèbre réseau social au grand F.
Sophie et moi étions déjà allés admirer ces lieux en début de saison, mais l’automne apporte cette petite touche de magie supplémentaire. Celle qui permet de passer du délicieusement beau à tout bonnement splendide. La météo en cette mi octobre est clémente, le soleil est également de la partie dès le milieu de matinée, donc direction un site naturel au patrimoine authentique accolé à la frontière italienne, la vallée de la Clarée. 


Entre Romanche et Guisane

Pour atteindre la destination du jour, je vais de nouveau longer la vallée de la Romanche, empruntée une semaine plus tôt pour aller sur le plateau d’Emparis.  Le glacier de la Meije, qui appartient au massif des Écrins, me sert de décor tout au long de cette première partie, avec des nuages jouant avec les reliefs environnants.

meije, massif des écrins, montagne
La Meije et son glacier
Romanche Vallée la grave
Les courbes de la D1091 menant au col du Lautaret

Parfois, Dame Nature semble faire les choses juste pour nous. C’est arrivé forcément au moins une fois à chacun d’entre nous, and today is MY day… Au fur et à mesure que je roule, les nuages s’écartent pour aller se blottir dans les roches du massif des Écrins, bien à l’abri du soleil. La couleur de l’étoile de notre système solaire se transforme en or quand elle transperce le gris des nuages ; Dame Nature veut me surprendre, me faire admirer son oeuvre et m’autorise à graver ce moment. Je me souviendrai longtemps de cette montée vers le plus haut col français ouvert en hiver, le col du Lautaret perché à 2058 mètres.

Le col du Lautaret se découvre de sa coiffe à mon arrivée

La température avoisine les 7/8 degrés vers 10h00, je pensais prendre un bon café tant mérité et si salvateur, mais que-nenni, tout est fermé. Remise en route de la moto, équipement paré, installation faite et c’est parti… Je lève les yeux coté gauche, puis je tourne la tête à droite du coté de la vallée, beaucoup comprendront pourquoi je précise cela. Quand on vient de Grenoble et que l’on arrive au col, on a trois possibilités : faire demi tour, prendre à droite pour rejoindre Briançon, ou prendre à gauche pour rejoindre Valloire via le col du Galibier. La météo est excellente, le ciel est dégagé, donc comme j’ai du temps, c’est parti pour atteindre les 584 mètres qui séparent les deux cols. Comme quoi il est toujours important de regarder autour de soi en moto avant de partir.

d902 nuage montagne moto paysage
En route vers le Galibier sur la D902

J’ai fait une erreur juste au dessus, et une erreur importante, les 584 mètres ne sont ni une longueur, ni une largeur mais la hauteur séparant le col du Lautaret de celui du Galibier, et ces 584 métres peuvent engendrer 584 « p’tain c’est beau » durant les 8,5 kilomètres les séparant. J’ai toujours aimé monter au Galibier, il sert de frontière entre deux départements, la Savoie et les Hautes-Alpes, mais également entre deux régions, la région Auvergne-Rhône-Alpes et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Le sommet offre une vision à 360° admirable, le bleu du ciel s’intensifie avec l’altitude, les sommets  commencent à s’enneiger, les couleurs automnales nous assaillent et le tout sans aucune perturbation humaine. C’est l’avantage hors saison, on arrive à être seul assez facilement. Galibier, lautaret, savoie Paca

Face au panneau, on peut prendre à gauche pour rejoindre la vallée de la Maurienne via le col du Télégraphe avec comme horizon le massif des Grandes Rousses et les aiguilles d’Arves. J’y suis passé en milieu de saison pour aller au col des Rochilles mais sans m’y être arrêté.

Mais pour aujourd’hui ce sera donc à droite, pour retourner au col du Lautaret puis longer la vallée de la Guisane, traverser Serre-Chevalier et arriver à une ville fortifiée par Sébastien Le Prestre, la capitale des Escartons, Briancon.

paysage montagne routes
Les lacets du col du Galibier vers le Lautaret
galbier hautes alpes moto bmw
la vallée de la Guisane

Une envie et Clarée

La vallée de la Clarée, longue d’une trentaine de kilomètres, se trouve à quelques tours de roue de Briançon. Elle est situé entre 1350 et 2024 mètres d’altitude pour la portion praticable en énergie fossile. Les habitants des différents hameaux ont voulu garder leur patrimoine naturel et leur esprit montagnard, préserver une authenticité dans l’architecture.  Ils ont ainsi obtenu le classement de leur vallée au titre des Sites Naturels en 1992.

La Clarée, après avoir parcouru 32 kilomètres, depuis sa source prise depuis le lac éponyme  situé au pied des Rochilles perché, lui, à 2433 mètres d’altitude, vient confluer avec la Durance, au pont des Amoureux. Ce dernier se situe entre les deux premiers des trois hameaux servant de porte d’entrée à la vallée de la Clarée. La Vachette, le Rosier et le lieu-dit Val-des-Près.

Le paysage de départ jusqu’à Val-des-Près est ouvert et large, les forêts aux pieds des montagnes laissent place ainsi à l’agriculture et à quelques pâturages désertés en cette saison. 

Val-des-Près nevache clarée hautes-alpes
sur la route de Val-des-Près
Val-des-Près nevache clarée hautes-alpes
Val-des-Près

Puis en sortie de Val-des-Près, les montagnes se font plus imposantes, la forêt devient plus intense, la Clarée se fait plus joueuse en alternant les bords droit et gauche de la route menant à Névache, ce qui montre bien le côté naturel de cette vallée.
Névache est un petit village authentique, peuplé d’environ 350 habitants permanents et s’étendant sur plus de 19 000 hectares composés de sept hameaux (Le Roubion, Sallée, Fortville, Le Cros, Ville-Basse et Ville-Haute). On y trouve une épicerie, une mercerie, une quincaillerie, un bureau de tabac, un bureau des P.T.T, la gendarmerie et même une société coopérative d’alimentation (source: office de tourisme)

Notre Dame de Bon secours

En sortie de Névache, en direction de la haute vallée, les forêts de mélèzes deviennent « familiales » passant de grandes tantes à cousines. La Clarée fuit la route mais la route, elle, ne fuit pas la montagne, puisqu’elle se met à serpenter le long de celle-ci, ce qui permet d’obtenir un paysage splendide.

vue panoramique sur la vallée de Névache
Névache vue de Notre Dame de Bon Secours

La Clarée s’amuse avec ce décor, se laissant tantôt deviner, tantôt entrapercevoir, allant même jusqu’à disparaître au détour d’un rocher pour mieux réapparaître quelques centaines de mètres plus loin. Cependant il suffit de couper son moteur pour entendre son cheminement permanent en contrebas. Il est fréquent de se faire éclabousser par l’un des nombreux ruisseaux surgissant de nulle part et alimentant cette Clarée sauvage et insoumise.
Au gré de l’ascension on finit par l’apercevoir jouant dans les rochers, elle se faufile entre les arbres et s’émulsifie au gré de ses chutes. Elle qui semble si sauvage et indomptable devient d’un coup douce et calme. Il est donc là cet endroit magique, cet endroit qui m’a donné l’envie d’y retourner pour vous le conter, cet endroit transitoire faisant passer cette Clarée apaisée en une cascade enchantée.


Détestablement beau

Lieu-dit La Fruitière

La clarté des eaux de la Clarée
Encore une fois, je n’ai pas pu résister à tester l’étanchéité de mes bottes pour faire cette photo.

Il suffit juste de passer le hameau de Fontcouverte, de s’arrêter au pont du même nom, de poser la moto puis de marcher. Il faut longer la Clarée qui s’écoule dans un calme monacal et de tendre l’oreille pour pouvoir trouver l’endroit tant voulu.

Puis, en suivant mon sens auditif, je l’entends ce vrombissement, ce son si caractéristique : l’eau devient moins apaisée, commençant à accélérer. Le courant devient de plus en plus pressant. Le bruit devient réel, les projections typiques se font voir, elle est là, la cascade de Fontcouverte, juste sur ma gauche. Mon expérience de cascadeur bipède s’avère nécessaire pour approcher et immortaliser cet instant. C’est aussi beau et somptueux que ce que j’en avais lu, vu et entendu dire, les couleurs automnales se mélangent avec ce plafond au bleu intense, la cascade transforme la limpidité de l’eau en une émulsion sublime.

La cascade de Fontcouverte

Ce n’est pas la plus haute et la plus impressionnante des cascades mais elle a ce petit truc qui la rend magique. Le lieu y est pour beaucoup grâce à ce décor mélangeant la dureté des roches avec la douceur de la couche holorganique, de ses arbres fièrement dressés aux couleurs orangées, comme des suricates à l’affût, de ce ciel au bleu céleste et de cette eau qui devenue blanche par son bouillonnement comme les sommets enneigés. Mais cela n’est pas que visuel, c’est aussi olfactif avec cette odeur de forêt, subtil mais puissant mélange de terre et d’eau, apportant pureté et fraîcheur contrairement à certains désodorisants tant vantés dans les pubs. Il y a aussi ce bruit puissant, présent, bruyant et vivant, tout en étant si apaisant et enivrant. Comment ne pas se sentir en communion avec ce lieu ?


Quand il n’y en a plus, il y en a encore !

Même les moutons prennent les couleurs d’automne

Une fois de retour sur la moto, la route se poursuit sur quelques kilomètres finalisant cette ascension afin d’atteindre le refuge de Laval. La route suit le cheminement de la rivière, le pont en bois traversant la Clarée fait ressentir encore plus cette identité « nature » et authentique des lieux. La forêt joue encore avec moi avec son rapprochement “familial” passant du statut de cousine à concubine. Tout çà pour finir par s’éloigner en reniant ses origines familiales afin de me laisser rentrer dans une plaine splendide servant de point de départ pour des randonnées pédestres et interdites à tout autre engin et qui sera donc en ce qui me concerne et pour mon engin polluant l’endroit faisant office de mi-parcours car il me faut désormais rentrer en direction de la capitale des Alpes.

La traversée inversée m’offre ainsi une vue splendide sur ce patchwork de la vallée de la Clarée, subtil mélange de montagnes, de forêts, d’alpages, de hameaux et le tout joliment éclairé par le soleil qui est à son zénith, je ne peux que remercier Dame Nature pour cette journée et de tous ses clins d’œil avisés et éclairés.

le patchwork éclairé de la vallée de la Clarée

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *