Je vous le sers sur un plateau !

Il faut suivre la ligne rouge

 

La saison estivale arrive à son terme et entraine avec elle la fin des tenues légères et autres doigts de pied en éventail, pour nous apprêter de tenues plus chaudes. Il en est de même pour la nature. Les alpages verdoyants sont en train de virer vers des teintes foncées et orangées, les animaux ne vont pas tarder à rentrer dans leurs quartiers d’hiver et les marmottes, bien engraissées, vont bientôt aller hiberner. La flore va commencer à s’effeuiller à la façon de Dita von Teese (j’en connais qui vont aller regarder mon allusion). Donc avant que tout soit recouvert de neige et que les massifs ne deviennent impraticables en moto, direction le massif de l’Oisans et ses hauteurs pour une journée somptueuse.


Ça tombe à pic

Villard Reculas Isére Moto montagne
Villard-Reculas

Pour accéder à l’Alpe-d’Huez, on peut, soit emprunter la célèbre route aux 21 lacets de l’un des cols les plus connus du Tour de France, ou on peut emprunter la voie partant d’Allemont afin de récupérer Villard-Reculas et sa route vertigineuse du Pas de la Confession. Loin de moi le besoin de me confesser, en  revanche j’ai bien envie de prendre une déculottée matinale devant ce dépaysement visuel. Le mélange entre la plaine plate de Bourg d’Oisans longée par la Romanche, les champs cultivés en ordre serré et les trois montagnes, encore enneigées par endroit qui dominent cette vallée, font que l’on ne peut pas rester indifférent.

bourg d'oisans vallée montagne moto
Bourg d’Oisans et sa vallée

Cette route accrochée au bord de la falaise, dans cette portion entre Villard-Reculas et Huez, est un passage terrible. Non seulement il est à pic et intimide en cas de vertige, mais les croisements peuvent s’avérer difficiles, les chutes de pierres et autres morceaux de conifères jonchent la route. Sans oublier ma rencontre avec un cadavre de capriné local, plus communément appelé mouton, certainement tombé d’un des nombreux alpages se trouvant au dessus de ma tête. Mais il est également terrible de par la beauté du paysage environnant.

La vue, au détour d’un virage, permet d’apercevoir l’église de Saint-Ferréol, son cimetière accolé en contrebas d’Huez et de voir certains lacets empruntés par les cyclistes dopés à l’adrénaline et au glucose (on m’aurait menti ?). Mais pour l’heure, direction la célèbre station de ski perchée à 1860 mètres pour boire un café chez mon ami Alfred.

En tout cas, le début de cette matinée automnale m’offre déjà un délicieux aperçu de ce qui m’attend. Vivement la suite…

 


Feeling Good

Après cette pause caféinée, j’ai ouï dire qu’il y aurait un décor de carte postale en prenant la route des lacs au nord de l’Alpe-d’Huez. Donc autant en profiter, vu le climat de cette radieuse journée. Cette route n’a rien de particulier, hormis le fait de que les saisonniers se préparent pour leur saison hivernale et remplissent leurs réserves pendant que les marmottes vont épuiser celles glanées pendant l’été. Mais ceci est un autre sujet… Une fois stationné et au bout de 5 minutes de marche, la magie de Dame Nature opère et me met une nouvelle déculottée par des panoramas mêlant les cinq éléments de la vie : l’eau, la terre, l’air, le feu (provenant des couleurs orangées) et moi (sans moi vous ne sauriez rien de tout cela, je suis donc le cinquième élément). L’addition des quatre premiers est indescriptible tellement c’est beau. Le bleu du ciel se reflète dans les différentes nuances bleues des lacs, les roches recouvertes du vert des alpages et de la flore environnante se mélangent avec les teintes vertes des plantes subaquatiques, la rousseur de la saison saupoudrant avec parcimonie les herbes hautes et les feuillus des autres versants. Dépaysement garanti, et cela à moins d’une heure de la capitale des Alpes.

alpe d'huez lac bleu montagne
Le Lac Rond et le Lac Besson – Alpe d’Huez
lac noir alpe d'huez huez alpes montagne ciel
Le Lac Noir – Alpe d’huez

lac ciel montagne alpes alpe d huez

isere huez Alpes moto
la station de l’Alpe d’Huez

Pour atteindre ma prochaine destination, je dois emprunter la route du col de Sarenne qui me permettra de passer de l’Alpe-d’Huez au Hauts-Oisans en traversant la partie méridionale du massif des Grandes-Rousses. Cette route laisse entrevoir certaines pistes de la station qui servent de terrains de jeu aux vttistes en été. En haut du col, on peut apercevoir les ruines d’un ancien refuge « écologique » ayant subi un incendie en décembre 2016 et qui a fait tant polémique dans la région d’Huez. Ce col agit comme une barrière, me faisant passer de l’intérieur du massif à un panorama dégagé au fond duquel je devine mon objectif de l’après-midi.

cluy Deux Alpes 2 Alpes montagnes sarenne
Col du Cluy avec les Deux-Alpes à l’Horizon

Cette descente offre une vue magnifique sur le plateau d’Emparis avec la Meije et son glacier en arrière plan, la route qui m’amène vers Besse est un régal, les cascades provenant des dents du Cerisiers agrémentent le trajet, les habitations construites à même les rochers sont atypiques, les villages traversés sont comme figés dans le temps et offrent un apaisement et une sérénité déconcertants. Comment ne pas se sentir bien dans un tel environnement ?

 

le versant Sud-Est du col de Sarenne
le plateau d’Emparis avec la Meije et son glacier

 

 


Un océan de verdure

Un peu plus tôt dans la saison nous y étions passés avec la bande habituelle (Jérôme et Jean-Marc), mais dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, chose impensable pour moi. Voici donc une excellente raison pour y retourner. Il faut bien trouver des excuses pour justifier une nouvelle sortie moto. Cette fois-ci, je commence de Besse pour aller en direction de Mizoën. Le mode enduro est activé, debout sur les repose-pieds, la tête haute, le torse bombé, tel le pseudo hors pisteur que je suis et me voilà donc prêt à atteindre mon objectif principal du jour, le Plateau d’Emparis.

Ce plateau, que l’on peut aussi trouver sous le nom de « en Paris » dans d’anciennes cartes, se situe à cheval entre les départements de l’Isère et des Hautes-Alpes. Son altitude dépassant les 2000 mètres, tout fait de ce paysage un endroit unique et fabuleux.  Du coté de la vallée de l’Oisans, il fait front au massif des Écrins, avec le célèbre glacier de la Meije et celui du Dôme de la Lauze comme voisins. Les diverses cascades, du coté de ce versant, se déversent dans la Romanche, retenue par le barrage du lac du Chambon, ce qui apporte encore un atout et un intérêt visuel important.

le village de Besse et ses 133 habitants

Le décor est une alternance de plaines (remplies de bovidés et autres caprins) et de steppes désertiques, à croire que je suis en Mongolie. Les montagnes passent de doux sommets arrondis à des poignards acérés comme une feuille de papier maladroitement déchirée.

Les teintes, au premier plan, sont des nuances automnales et mélangent le vert et l’orangé issus de cet océan de verdure. Les teintes du plan intermédiaire sont celles des montagnes et des différentes couches géologiques : un camaïeu de gris. Du gris perle à l’anthracite, il se ponctue par un noir intense venant des strates d’ardoises. Puis on se délecte de la gamme des blancs : le blanc des glaciers par exemple, si différent du blanc des manteaux neigeux encore présents autour du plateau. Les teintes en arrière plan sont celles du ciel bien sûr, d’un bleu électrique à un bleu abyssal. Ce pantonier naturel rend bien fades les nuanciers que l’on peut trouver en magasin de bricolage.

La somme de cet ensemble de détails, de couleurs et de formes rend ce panorama inéluctablement splendide.

les steppes du plateau d’Emparis
meije hautes alpes emparis
La Meije et ses neiges éternelles

Après ce temps de contemplation, il faut bien redescendre vers Mizoën. La descente est tout aussi jolie que la montée, de par le paysage environnant avec les glaciers de la Meije et celui du Dôme de la Lauze qui fait partie du domaine skiable des Deux-Alpes, mais aussi de par le chemin emprunté. La nationale faisant la liaison Grenoble-Briançon se trouve 1000 mètres plus bas avec, pour me retenir, une simple corde de clôture électrique. Après tout si une vache est en sécurité, pourquoi ne le serais-je pas?

Ca tombe à pic

Ce chemin est un terrain permettant de profiter pleinement des agréments de conduite de ma bavaroise préférée, les suspensions absorbent avec sérénité les aspérités du terrain et tolèrent les excès de confiance… La douceur à bas régime et le couple du  » Boxer » permettent de prendre confiance et de s’autoriser absolument tout, l’électronique aide grandement avec l’antipatinage et l’ABS et vu que l’on peut jouer avec les différents modes de conduite, rien ne peut donc m’arrêter. Et ça tombe bien, je n’ai pas fini ma journée.

mur à droite, précipice à gauche
Le Lac du Chambon surplombé par Mizoën

L’arrivée à Mizoën me sert de pause pour me rafraîchir, car malgré l’arrivée de l’automne, les températures en cette fin septembre sont toujours élevées, 28 degrés à 15h00. De nombreuses fontaines coulent dans les villages avec une eau bien fraîche et potable mais mon choix sera de faire vivre un commerçant local avec une boisson remplie de céréales.

Cette halte revigorante m’a donné des ailes (pourtant je n’ai pas pris de cette célèbre boisson) et je décide d’aller vérifier les dires de Jean-Louis sur une route dite « du bout du Monde ». Le repérage se fait via le GPS et me voilà reparti.


La route du bout du Monde

Qu’est-ce pour moi qu’une route du bout du Monde ? C’est une route qui ne mène nulle part sauf à cet endroit précis où l’on a cette impression que tout commence. Là, c’est simple, basique et horriblement joli. La base. Effectivement, Orelsan m’a aidé sur ce coup-là.

Donc direction la vallée du Vénéon, au Nord du massif des Ecrins, du coté sud des Deux-Alpes et de la Meije.

Le terminus de cette destination est un hameau qui se trouve au bout du département isérois, à 30 kilomètres de la commune de Saint-Christophe-en-Oisans et situé à 1727 mètres d’altitude, La Bérarde. La route est pittoresque, étroite et impraticable l’hiver. Effectivement cela correspond à mes critères pour entrer dans la catégorie des « routes du bout du monde ».

 

il faut savoir se mouiller dans la vie

La route débouche sur un parking quasiment oublié des touristes, à l’exception de deux maisons roulantes, ces pachydermes de la catégorie B sur nos chers permis de conduire, que l’on appelle communément campings-cars. Le Vénéon passe à une dizaine de mètres de là et je me permets d’immortaliser numériquement cet instant et de classer officiellement ce lieu en « une route du bout du Monde ».

Je me jette à l’eau pour vous, j’ai toujours aimé jouer avec l’eau à vrai dire, mais aussi pour reconfirmer l’étanchéité de mes bottes. Cela me permet d’apprécier cette vue et l’environnement sonore, qui doit indéniablement servir à certaines séances de relaxation ou ou à une quelconque ouverture de chakras pour qui-de-droit. Le cri des oiseaux de proie environnant contribue grandement à cette impression.

Pendant ce temps, le Vénéon continue de s’écouler tranquillement, et au vu de la largeur de la berge, à la fonte des neiges cela ne doit pas être si tranquille qu’il y parait. Cette eau provient des glaciers entourant la vallée, elle s’écoule entre mes jambes et la fraîcheur ressentie, malgré l’épaisseur du cuir, confirme bien sa provenance.

Le soleil tombant assez vite en cette saison et les montagnes aidant à ce jeu de cache-cache solaire, il est bien temps de reprendre la route pour profiter des derniers rayons de cette journée, qui encore une fois est comparable à de la gastronomie, mais cette fois-ci…servie sur un plateau.

veneon eau glacier isere berarde
Le Vénéon
romanche veneon berarde isere
Le Vénéon en direction de la Romanche
d530 berarde paysage
la départementale, D530, si pittoresque menant à la Bérarde

2 Comments

  1. David LUPO
    10 octobre 2018
    Reply

    Bonjour

    Avant tout je souhaite vous remercier pour ce récit! Vous m’avez fait rêver et je vous en suis reconnaissant😃

    Je me lancerai bien sur vos traces, mais mon niveau de off-road n’est pas très élevé… Je voulais donc vous demander si les pistes empruntées nécessitent des compétences particulières

    Avez vous un fichier gpx du tracé?

    D’avance merci pour vos réponses et comptez sur moi, je viens de découvrir votre site et je vais désormais le suivre!

    À bientôt

    • 10 octobre 2018
      Reply

      Bonjour David.
      C’est une piste simple et sans avoir besoin d’être un pilote chevronné.
      Je dois pouvoir vous récupérer un fichier GPX, juste le retrouver dans le dédale de mon disque dur.
      Merci pour vos encouragements et nous faisons tout pour motiver à vous faire voyager.
      Si vous passez par chez Grenoble, je pourrais vous guider avec plaisir.
      A bientôt.
      Fabien

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *